Autant vous prévenir d’emblée : la gamme Xiaomi est devenue un véritable casse-tête pour la concurrence. Entre des modèles qui torpillent les prix et d’autres qui redéfinissent les standards du très haut de gamme, le constructeur chinois occupe tous les fronts. Pour comprendre cette dynamique, il faut mettre en perspective deux appareils qui incarnent parfaitement cette philosophie : le surprenant Xiaomi 13T Pro, champion du compromis tarifaire, et le tout récent Xiaomi 17 Ultra, un monstre absolu dédié à l’image.
Le 13T Pro : un coup de pied dans la fourmilière
Débarqué sans tambours ni trompettes quelques mois après les mastodontes de la série 13, le Xiaomi 13T Pro n’était clairement pas là pour faire tapisserie. La gamme « T » a toujours eu cette vocation de relancer l’intérêt avant les fêtes de fin d’année, mais ce modèle-ci cache très bien son jeu. Quand on épluche sa fiche technique, on a face à nous un véritable téléphone premium, loin des assemblages bricolés qu’on nous sert parfois dans la catégorie intermédiaire.
Logiquement, il aurait dû sagement rester dans l’ombre du 13 Ultra de son époque ou éviter de froisser son grand frère, le 13 Pro. Pourtant, avec un ticket d’entrée frôlant les 800 euros, il a tout simplement semé la zizanie dans sa propre fratrie. Et pour cause, la bête en a sous le capot : un SoC MediaTek Dimensity 9200+ surpuissant, épaulé par 12 à 16 Go de RAM, un écran AMOLED 144 Hz d’une fluidité redoutable et une charge ahurissante de 120 W.
S’il fallait lui trouver des défauts, on pesterait contre l’absence de charge sans fil, une autonomie qui fond un peu trop vite lors de longues sessions de jeu ou de photo, et un piqué qui se dégrade de nuit au-delà du zoom 10x. Mais face à son positionnement tarifaire, l’argumentaire concurrentiel s’effondre. Lancé au même prix que son prédécesseur tout en embarquant plus de mémoire vive, il enterrait un iPhone 15 Plus vendu 450 à 600 euros plus cher. Même constat côté Android : le Samsung Galaxy S23, le Sony Xperia 5 IV ou le Google Pixel 8 réclamaient tous des rallonges financières tout en offrant moins de RAM, voire en faisant l’impasse sur le zoom optique. Seul le Nothing Phone (2) réussissait à gratter quelques dizaines d’euros. Autant dire qu’à ce petit jeu, Xiaomi a littéralement taillé des croupières au marché.
Quand l’ambition dévore la raison : l’ère du 17 Ultra
Si le 13T Pro jouait la carte du rapport qualité-prix ultime, le Xiaomi 17 Ultra a un tout autre agenda. L’objectif n’est plus de séduire le portefeuille, mais d’imposer le meilleur photophone du marché. Et pour ça, le partenariat avec Leica a été poussé dans ses retranchements absolus.
Évidemment, greffer d’excellents capteurs sur une brique instable ne rimerait à rien. Il fallait que l’expérience globale suive. Porté par la toute dernière puce Qualcomm en date et un écran aux spécifications redoutables, le 17 Ultra coche toutes les cases du terminal ultra-premium. Mais c’est dans sa conception matérielle qu’il révèle de subtils paradoxes.
Dès la première prise en main, le ressenti est luxueux. Les tranches plates (une mode dont on a du mal à se défaire, mais qui fonctionne toujours) abritent des boutons de volume ronds au clic net, précis et terriblement satisfaisant. Le coloris Vert Étoilé (ou Starlit Green) est une véritable réussite : il accroche la lumière avec de minuscules reflets scintillants sans jamais tomber dans le clinquant.
C’est là que Xiaomi s’amuse un peu avec nos sens. L’illusion du très haut de gamme est telle qu’on en oublierait presque que le dos du téléphone… est en plastique. Un plastique renforcé de fibres, certes, flanqué d’un cadre en aluminium robuste, mais du plastique tout de même. Honnêtement, sans avoir la fiche technique sous les yeux, la supercherie est parfaite.
Un appareil photo qui fait accessoirement téléphone
Le dos de l’appareil est vampirisé par ce module photo circulaire surdimensionné, devenu la signature de la gamme. Xiaomi a beau communiquer sur le fait qu’il s’agit du modèle « Ultra » le plus fin qu’ils aient jamais produit, ne vous y trompez pas : ça n’en fait pas un poids plume pour autant. L’énorme bloc optique a tendance à déséquilibrer très légèrement le téléphone vers le haut, un petit défaut ergonomique qu’on lui pardonne vite au vu de ce qu’il est capable de capturer.
Car ce 17 Ultra est pensé pour les baroudeurs de l’image. Il affiche fièrement une certification IP69, lui permettant de résister non seulement à l’eau et à la poussière, mais aussi à des jets d’eau à haute pression et à haute température. Vous n’irez probablement pas le faire bouillir volontairement, mais l’assurance est là.
Et pour parachever cette mutation vers le monde de la photographie traditionnelle, Xiaomi reconduit la compatibilité avec son fameux Photography Kit. Une fois équipé, le téléphone gagne une véritable poignée texturée, un déclencheur physique à double course, une molette personnalisable et un bouton dédié à la vidéo. Difficile de faire rentrer l’ensemble dans une poche de jean classique, mais la sensation de shooter avec un vrai boîtier compact est indéniable.
En fin de compte, ces deux terminaux racontent la même histoire à deux échelles différentes. Avec le 13T Pro, Xiaomi a prouvé qu’il savait écraser le segment de milieu/haut de gamme par la force brute et la tarification agressive. Avec le 17 Ultra, la marque démontre qu’elle n’a plus aucun complexe face aux géants historiques de la photographie mobile. Le message est clair : ils savent tout faire, et ils comptent bien le faire savoir.

