L’évolution des technologies sans fil ne cesse de redéfinir notre quotidien, tant par les performances accrues des équipements domestiques que par les capacités insoupçonnées que ces ondes nous réservent. Alors que l’opérateur Free vient d’officialiser une mise à jour majeure pour sa Freebox Pop, des chercheurs américains révèlent en parallèle que ces mêmes signaux Wi-Fi pourraient bientôt voir à travers nos murs, transformant chaque routeur en outil de surveillance potentiel.
Une mise à niveau stratégique chez Free
Sur le plan commercial, la nouvelle est tombée ce 6 octobre 2022 : le Wi-Fi 6 arrive enfin sur la Freebox Pop. L’opérateur fondé par Xavier Niel rattrape ainsi son retard technologique, présentant cette intégration comme l’aboutissement de longs mois de travail en recherche et développement, menés de concert avec les fabricants de microprocesseurs. Cette montée en gamme promet une stabilité accrue et des performances nettement supérieures, avec des débits descendants pouvant dépasser 1 Gbit/s. Une prouesse rendue possible grâce à une modulation optimisée et à l’exploitation d’une bande passante spectrale doublée, atteignant désormais 160 MHz.
Il faut cependant noter une restriction de taille : seuls les nouveaux abonnés pourront bénéficier immédiatement de cette mouture améliorée. À l’instar de ce qui s’était produit pour la Freebox Delta, les clients actuels devront faire preuve de patience avant qu’une procédure de migration ne leur soit proposée. Pour Free, cette évolution répond à une transformation concrète du marché. L’opérateur souligne qu’au premier semestre 2022, 70 % des smartphones vendus via son offre Free Flex étaient déjà compatibles avec cette norme, tout comme les derniers appareils d’Apple et de Samsung.
Quand le routeur devient un œil invisible
Si pour les abonnés Free, l’enjeu principal reste la vitesse de connexion, une étude menée en 2022 par l’Université Carnegie Mellon (CMU) suggère que nos boîtiers internet pourraient bientôt endosser un rôle bien plus complexe. L’équipe de chercheurs a mis au point une méthode permettant de « voir » à travers les murs en utilisant simplement les ondes Wi-Fi. Contrairement aux systèmes LiDAR coûteux ou aux caméras classiques nécessitant un champ de vision dégagé, cette technologie s’appuie sur des routeurs standard modifiés par des algorithmes d’apprentissage profond (deep learning).
Le principe est fascinant : le système analyse la manière dont les signaux Wi-Fi rebondissent et se déforment au contact des corps humains. Un réseau neuronal interprète ensuite ces perturbations pour générer des silhouettes 3D dynamiques des personnes se déplaçant derrière une cloison. Les tests ont démontré une précision surprenante, le dispositif étant capable d’identifier plusieurs individus simultanément, de suivre leurs mouvements et même de reconnaître leurs postures, qu’ils soient assis ou debout.
Entre promesses sanitaires et inquiétudes éthiques
Cette innovation, peu coûteuse puisqu’elle ne requiert aucun matériel supplémentaire hormis un logiciel de traitement, ouvre la voie à des applications vertueuses. Elle pourrait révolutionner le maintien à domicile des personnes âgées en détectant les chutes ou les malaises sans l’intrusivité d’une caméra, ou encore faciliter les opérations de recherche et de sauvetage. Néanmoins, la médaille a son revers. L’idée même que n’importe quel réseau Wi-Fi puisse être détourné pour épier les faits et gestes des occupants d’un logement soulève de lourdes questions en matière de vie privée.
Bien que les chercheurs insistent sur le fait que la technologie n’en est qu’à ses balbutiements et n’a pas vocation à être utilisée à des fins d’espionnage, le risque de dérive sécuritaire est palpable. L’équipe de Carnegie Mellon, consciente de ces enjeux, a déclaré travailler sur l’intégration de garde-fous pour protéger la confidentialité dans les futures itérations du système, l’objectif étant d’assurer un usage responsable de ces outils de détection puissants.
Le pragmatisme tarifaire demeure
En attendant que nos box internet ne se transforment potentiellement en radars domestiques, la préoccupation immédiate des consommateurs reste la facture. Sur ce point, l’arrivée du Wi-Fi 6 sur la Freebox Pop est une bonne nouvelle puisqu’elle s’effectue sans inflation tarifaire. L’offre se maintient à 29,99 € par mois la première année, avant de passer à 39,99 €.
Ce maintien des prix contraste avec les récents ajustements opérés sur les options mobiles de l’opérateur. Free a en effet remanié son option Booster pour le forfait à 2 €, supprimant les frais d’activation de 10 € qui avaient provoqué la colère des usagers. Toutefois, cette « fleur » faite aux abonnés s’accompagne d’une contrepartie moins glorieuse : si les appels illimités sont inclus, l’enveloppe de données mobiles a été revue à la baisse, passant de 1 Go à seulement 600 Mo. Une décision qui rappelle que dans les télécoms, qu’il s’agisse de technologie de pointe ou de forfaits basiques, chaque avancée s’accompagne souvent de compromis.

