S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas enlever à Cupertino, c’est sa redoutable persévérance. Cela fait pratiquement vingt ans que la marque planche sur son concept de bague connectée, les premiers brevets remontant aux alentours de 2007. Débarquer aujourd’hui sur ce créneau relève d’un pari audacieux, surtout quand l’espace est déjà bien squatté par des acteurs comme Oura, Ultrahuman ou encore Samsung avec sa Galaxy Ring très axée sur la santé. Mais Apple ne compte évidemment pas faire de la simple figuration, et les récents brevets dénichés par AppleInsider dévoilent des ambitions qui dépassent largement le cadre de la simple bague.
Le premier document, sobrement baptisé Ring Device, s’attarde sur l’utilité concrète de l’engin. On y découvre un anneau bourré de capteurs, embarquant un micro pour échanger directement avec Siri et capable de vibrer pour relayer les notifications de l’iPhone. Ça peut vite donner une impression de redondance avec la montre, et c’est sans doute ce casse-tête de l’intégration parfaite à l’écosystème qui explique pourquoi le produit est resté si longtemps dans les cartons. Mais le brevet va plus loin : il évoque des commandes gestuelles pour interagir avec son environnement physique — pointer le doigt vers une porte pour la déverrouiller, par exemple — et l’intégration d’une puce NFC pour enregistrer des routines de santé, comme la prise de médicaments.
Un second brevet vient d’ailleurs muscler cette approche interactive en imaginant une bague dotée d’une molette rotative externe. L’idée serait de s’en servir comme d’un contrôleur universel pour ajuster le volume de son iPhone ou piloter sa domotique et ses autres appareils connectés. Apple insiste bien sur un point : cette technologie ne se limite pas à nos doigts. La firme imagine déjà décliner le concept sous forme de colliers, de boucles d’oreilles ou même d’anneaux d’orteil. L’objectif est limpide, il s’agit de multiplier les points de contact sur le corps pour offrir des mesures de santé d’une précision chirurgicale en tandem avec l’Apple Watch, tout en s’assurant de nouveaux leviers de croissance financière.
La fracture technologique de l’ère de l’IA
Si Cupertino dessine avec enthousiasme le futur tentaculaire de ses wearables, la réalité actuelle de l’écosystème a un goût beaucoup plus amer. L’obsolescence frappe fort à l’ère de l’intelligence artificielle, et la première Apple Watch Ultra de 2022 vient d’en faire brutalement les frais. Aussi fou que cela puisse paraître pour un gadget vendu 800 dollars il y a seulement quatre ans, cette montre n’aura pas droit à la mise à jour watchOS 27 cet automne.
Elle n’est pas la seule sur la touche : les Series 6 à 8 et l’Apple Watch SE 2 passent également à la trappe. La raison officielle ? L’absence de cœurs neuronaux suffisamment musclés pour faire tourner le nouveau Siri contextuel et les micro-tâches d’IA en arrière-plan. Désormais, le ticket d’entrée exige au strict minimum le SiP S9.
Le problème, c’est que cette éviction prive les anciens modèles de nouveautés qui n’ont strictement rien à voir avec l’intelligence artificielle. Mark Gurman, le fouineur en chef de Bloomberg, a récemment révélé que les montres obsolètes feront une croix sur le nouveau cadran « Modulaire » — qui affiche une horloge élargie surmontant trois gros éléments personnalisables — alors même que toutes les déclinaisons de l’Ultra y ont techniquement accès. Pire encore, watchOS 27 promet d’améliorer tous les aspects de l’expérience utilisateur : gestion optimisée de la batterie, accroche Wi-Fi plus nerveuse, suivi du sommeil affiné et extensions d’applications plus réactives. Tout cela passera sous le nez des premiers acheteurs de l’Ultra. On note au passage que l’application Talkie-Walkie, présente depuis 2018, a mystérieusement disparu de la bêta actuelle destinée aux développeurs, sans garantie de retour.
Le contraste est d’autant plus saisissant qu’Apple a toujours eu la réputation de chouchouter ses vieux appareils. Un antique iPhone 11 de 2019 fera parfaitement tourner le prochain iOS 27. Du côté de MacRumors, on confirme même que le HomePod original de 2018 recevra la version 27 de son logiciel, malgré sa puce A8 complètement dépassée. Dans tout le catalogue matériel d’Apple, la première Watch Ultra semble être la seule véritable victime expiatoire sacrifiée sur l’autel de l’IA.
La grogne monte logiquement chez les utilisateurs. Si voir sa montre à 400 dollars arriver en fin de vie peut agacer, la pilule est carrément indigeste pour ceux qui ont lâché le double. L’humeur sur Reddit résume bien la situation : « Il n’y a rien dans ce nouvel OS qui ne puisse pas être adapté ou sous-cadencé pour tourner sur les anciennes montres. On n’est pas en train de simuler des collisions de particules, bon sang. » Surtout que cette Ultra de première génération avait déjà été privée de fonctions clés sous watchOS 26, comme les alertes d’hypertension ou la traduction en direct des messages. La mettre aujourd’hui au rebut semble être une stratégie un peu trop grossière pour forcer le passage en caisse vers la très attendue Apple Watch Ultra 3 ou la future Series 12, des modèles qui, paradoxalement, risquent d’être assez chiches en vraies nouveautés matérielles.

