Alors que la Chandeleur a ouvert le bal des festivités culinaires début février, les regards se tournent désormais vers une autre échéance majeure du calendrier festif. Le 17 février 2026 marquera la célébration de Mardi Gras, une fête souvent confondue avec sa prédécesseure mais qui possède pourtant une identité, une histoire et surtout des traditions gastronomiques bien distinctes. Si en France, l’événement est synonyme de carnaval et de beignets légers, outre-Atlantique, c’est une variante polonaise beaucoup plus riche qui suscite un véritable engouement national.
Origines romaines et calendrier liturgique
Il est essentiel de rappeler que Mardi Gras représente l’apothéose du Carnaval et la fin de la « semaine des sept jours gras ». Cette période marque une transition brutale : c’est l’ultime moment de dévotion festive et d’abondance avant l’entrée dans le Carême, temps liturgique de jeûne et de privation débutant le Mercredi des Cendres.
Les racines de cette célébration plongent bien avant l’ère chrétienne, trouvant leur origine dans l’antiquité romaine avec les calendes de mars. Ces fêtes païennes célébraient la fin de l’hiver ; c’était une période où les interdits sociaux étaient momentanément suspendus et les transgressions autorisées, souvent sous le couvert de déguisements. Avec l’expansion du christianisme, la fête a évolué. Le terme carnaval dérive d’ailleurs du latin carne levare, signifiant littéralement « ôter la viande ». Mardi Gras est donc historiquement le dernier repas où la viande, le beurre et le sucre sont consommés à foison avant d’être proscrits.
Pourquoi cette fête tombe-t-elle un mardi ? La date est mouvante mais mathématiquement fixée : elle intervient toujours 47 jours avant le dimanche de Pâques, symbolisant les 40 jours de la traversée du désert par le Christ.
La tradition française : vider les réserves
Dans l’Hexagone, la tradition culinaire répond à une logique pratique héritée des siècles passés. Les aliments riches tels que les œufs et le beurre étant interdits durant le Carême, il était impératif de vider les stocks pour éviter le gaspillage. C’est ainsi que sont nées les recettes de pâtes frites et levées.
Si la crêpe reste un incontournable, entretenant la confusion avec la Chandeleur, Mardi Gras est avant tout le royaume des gaufres et des beignets. La richesse des terroirs français s’exprime ici pleinement : on déguste des bugnes à Lyon, des merveilles dans le Sud-Ouest ou encore des bottereaux en Anjou. Qu’ils soient croustillants ou moelleux, ces délices partagent une composition riche destinée à rassasier les fidèles avant la période d’austérité.
Le phénomène du « Pączki Day » aux États-Unis
Cependant, la célébration de la « fin du gras » prend une tournure différente aux États-Unis, où l’influence des communautés polonaises a transformé Mardi Gras en véritable « Pączki Day ». Jadis tradition pittoresque confinée au Midwest polono-américain, la consommation de pączki (prononcez « pown-chki » au pluriel) a explosé ces dernières années, gagnant des États comme la Floride, le Texas ou la Géorgie.
Le pączek n’est pas un simple beignet à la confiture. Sa pâte est particulièrement enrichie de lait, d’œufs et de beurre, et il est traditionnellement fourré de confiture de pétales de rose ou de pruneaux. Si la Nouvelle-Orléans reste hermétique à cette tendance, préférant son emblématique « King Cake », le reste du pays adopte massivement cette gourmandise slave.
Chicago, Cleveland et Pittsburgh : capitales de la friture
C’est dans le Midwest que la ferveur est la plus palpable. À Chicago, on célèbre à la fois le « Jeudi Gras » polonais et le Mardi Gras classique. Les files d’attente s’allongent devant les boulangeries dès l’aube. L’innovation est aussi au rendez-vous : la brasserie locale Marz Community Brewing a même imaginé une bière stout au pączek chocolaté pour accompagner les festivités.
À Cleveland, dans l’Ohio, l’institution Rudy’s Strudel fait figure de pionnière en proposant une curiosité culinaire unique : le pączek salé. Uniquement disponibles le mois précédant le Carême, ces beignets sont farcis de choucroute et saucisse, ou encore de corned-beef et chou, une hérésie pour les puristes mais un délice pour les locaux. Les amateurs de sucré ne sont pas oubliés, avec des versions fourrées à la crème au beurre aux amandes, un hommage à l’historique Hough Bakery de la ville.
Enfin, à Pittsburgh, la tradition s’est démocratisée au point que ces pâtisseries se trouvent désormais dans les grandes surfaces. Les établissements spécialisés comme S&D Polish Deli maintiennent l’authenticité avec des versions à la crème de noisette, tandis que d’autres jouent la carte de la modernité : le glacier Leona’s propose par exemple une glace au pączek avec un tourbillon d’églantine et de fraise.

