Alors que le secteur des biotechnologies continue de naviguer entre innovation de rupture et réalité financière, les cas récents d’Arrowhead Pharmaceuticals et de Recursion Pharmaceuticals illustrent parfaitement la dichotomie actuelle du marché. D’un côté, des validations réglementaires majeures qui peinent à soutenir le cours de bourse ; de l’autre, des promesses technologiques dont la valorisation divise les analystes.
Arrowhead : Le paradoxe de l’approbation canadienne
L’actualité récente d’Arrowhead Pharmaceuticals (ARWR) offre un cas d’école sur la réaction parfois contre-intuitive des marchés financiers. Malgré une annonce majeure — l’émission par Santé Canada d’un avis de conformité pour le REDEMPLO (plozasiran) — le titre a dévissé de 5,0 %. Cette approbation marque pourtant une étape cruciale : le médicament devient le premier traitement par ARN interférent (ARNi) autorisé au Canada pour le syndrome de chylomicronémie familiale (FCS).
Destiné aux adultes dont les taux de triglycérides restent incontrôlés malgré les thérapies standards, le plozasiran s’appuie sur les données solides de l’étude de phase 3 PALISADE. Cette validation, qui s’ajoute à celle de la FDA aux États-Unis, vient crédibiliser la plateforme TRiM d’Arrowhead dans un contexte commercial réel, positionnant l’entreprise comme un acteur grandissant dans le traitement des maladies cardiométaboliques rares. Cependant, le marché semble regarder ailleurs.
Au-delà de la science, l’épreuve des coûts
Pour les investisseurs, le dossier Arrowhead ne se résume pas à la réussite scientifique. Parier sur cette biotech revient à croire en la capacité de son moteur de développement ARNi à transformer un pipeline prometteur — tant sur le plan cardiométabolique que sur celui du système nerveux central — en franchises commerciales rentables. Or, l’approbation canadienne, bien qu’elle réduise le risque réglementaire et offre un premier ancrage commercial, ne gomme pas les inquiétudes immédiates.
Les dépenses élevées en R&D et les frais administratifs continuent de peser lourdement sur les comptes, en l’absence de revenus produits soutenus pour le moment. C’est ce décalage entre les coûts actuels et les bénéfices futurs qui explique la frilosité du marché. Les estimations de la juste valeur de l’action par la communauté financière reflètent cette incertitude, avec une fourchette de prix extrêmement large, allant de quelques centimes à plus de 118 dollars américains, laissant les investisseurs seuls face à l’arbitrage entre le potentiel technologique et la consommation de trésorerie.
Recursion Pharmaceuticals : La tech-bio à l’épreuve de la volatilité
Dans un registre différent mais tout aussi volatil, Recursion Pharmaceuticals (RXRX) continue de susciter des interrogations quant à sa juste valorisation. Le titre, qui a clôturé récemment à 4,37 dollars, affiche un parcours boursier en dents de scie : un gain de 6,3 % sur une semaine, mais une chute brutale de 41,7 % sur un an. Ces mouvements erratiques s’expliquent en partie par la nature même de l’entreprise, qui mise sur l’application de la technologie et de l’intelligence artificielle à la découverte de médicaments, un créneau qui attire autant qu’il effraie.
L’attention médiatique récente s’est focalisée sur ses partenariats dans l’espace biopharmaceutique, maintenant le titre sur les radars des investisseurs en quête de plateformes innovantes. Mais derrière le narratif technologique, que disent les fondamentaux ?
Une déconnexion entre prix et valeur intrinsèque ?
L’analyse financière traditionnelle suggère que le marché pourrait être trop sévère avec Recursion. Selon le modèle des flux de trésorerie actualisés (DCF), qui projette les futurs cash-flows de l’entreprise, la valeur intrinsèque de l’action pourrait avoisiner les 9,36 dollars. Comparé au cours actuel, cela impliquerait une sous-évaluation de plus de 53 %. Il faut toutefois noter que le modèle prévoit une transition lente, passant d’une perte de flux de trésorerie libre d’environ 453 millions de dollars sur les douze derniers mois à un flux positif seulement à l’horizon 2035.
L’analyse par le ratio cours/valeur comptable (Price-to-Book ou P/B) renforce cette hypothèse de sous-évaluation. Avec un ratio de 2,17x, Recursion se négocie en dessous de la moyenne de l’industrie des biotechnologies (2,68x) et bien loin de certains de ses pairs dont les ratios s’envolent. Si l’on ajuste ce multiple en tenant compte de la croissance des bénéfices et des risques spécifiques à l’entreprise, le titre apparaît effectivement décoté.
C’est là tout l’enjeu pour l’investisseur : décider si ces indicateurs de sous-évaluation compensent les risques inhérents à des sociétés qui, comme Arrowhead ou Recursion, doivent encore prouver leur capacité à générer de la valeur pérenne dans un environnement économique exigeant.


