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Sécurité alimentaire : Madagascar n’est pas sorti de l’auberge !

Par le 17 octobre 2017 à 11:33 - mis à jour le 20 février 2018 à 15:46

La journée mondiale de l’alimentation a été célébrée hier, 16 novembre. Le Président malgache, Hery Rajaonarimampianina, en déplacement à Rome, a participé à la cérémonie organisée par l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) à son siège. Un appel de détresse s’entend !

« Changeons l’avenir des migrations, investissons dans la sécurité alimentaire et le développement rural », tel a été le thème de ce 72ème anniversaire de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, qui est également la Journée Mondiale de l’Alimentation. Une cérémonie d’envergure planétaire s’est tenue au siège du FAO à Rome, hier 16 octobre, et à laquelle des grandes personnalités, à l’instar du Pape François, ont assisté. Madagascar y était aussi avec la présence de Hery Rajaonarimampianina, qui s’est exprimé à la tribune officielle en tant que Président de la République de Madagascar, mais aussi en tant que Président en exercice du COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe).

Hery Rajaonarimampianina

Le Président de la République de Madagascar, Hery Rajaonarimampianina, Journée Mondiale de l’Alimentation, Rome. (Photo : Présidence de la République de Madagascar)

Même si le Chef de l’État malgache a omis (délibérément ou par inadvertance) de le mentionner, on sait combien la Grande-île souffre d’insuffisance alimentaire et de malnutrition. Les chiffres de la Banque Mondiale, par le biais du FAO montrent des réalités qui font froid dans le dos. Madagascar figure parmi les six pays au monde où la malnutrition chronique se ressent le plus. Pas plus tard que l’année dernière, les statistiques montrent qu’un enfant de moins de cinq ans sur deux est affecté par le retard de la croissance provoquée par la malnutrition chronique. L’Office National de la Nutrition (ONN) annonçait aussi que 47% des enfants de la tranche d’âge indiquée sont tous affectés par ce type de malnutrition.

Malgré les actions de nombreuses organisations internationales (Unicef et autres) et des ONG, qui essaient à leur niveau de remédier aux problèmes par la sensibilisation, mais aussi par les dons d’aliments de bases et de compléments alimentaires aux populations concernées, les chiffres restent très élevés et connaissent même une progression. Certes, le Grand-Sud est connu de tous comme étant la région la plus touchée de la malnutrition, mais il faut aussi savoir qu’aucune région du pays n’est épargnée.

Prévalence de la sous-malnutrition à madagascar

Prévalence de la sous-malnutrition à Madagascar.

Insuffisance alimentaire : une augmentation de 21% en 24 ans

À Madagascar, de 1991 à 2015, le taux de sous-alimentation n’a cessé de grimper. Selon les statistiques du FAO, il a connu une hausse de 21%. Cette organisation mondiale souligne que la valeur la plus élevée date de 2004, avec un chiffre atteignant les 38,6% contre seulement 27,3% en 1991. La FAO avance quand même que sur la base des cinq dernières valeurs disponibles, on peut estimer qu’en 2020 la valeur devrait osciller autour de 34,58. Cette prévision présente un niveau de fiabilité faible puisque les variations des cinq dernières valeurs disponibles ont une structure assez peu linéaire (coefficient de corrélation = 0.18).

En effet, la FAO précise que, l’insécurité alimentaire est faible dans un pays quand le taux de prévalence est de 2,5% ou moins, comme dans les pays les plus riches. Par contre, elle est très forte lorsque les chiffres dépassent les 35%.

15% de perte sur le PIB

Selon l’étude sur le Coût de la faim en Afrique (CDFA), Madagascar perdrait chaque année 14,5% de son Produit Intérieur Brut (PIB). Évaluée en monnaie, cette perte atteint les 3 384 milliards d’ariary, soit l’équivalent de 1,5 milliard de dollars. Toujours selon cette étude qui met en relief l’étendue des coûts sociaux et économiques engendrés par la malnutrition pour chacun des pays concernés, la Grande-île serait dans une spirale infernale. Le pays continuera à s’engouffrer sans une politique claire et drastique pour combattre la sous-alimentation et la malnutrition chronique, qui constitue pour l’économie nationale un facteur déstabilisant.

Les enfants souffrant de malnutrition chronique ont du mal à atteindre leur plein potentiel mental et physique. S’ils ne bénéficient pas de bonne et suffisante alimentation lors des deux premières années de leur vie, ils ne pourront plus rattraper leur développement et porteront toute leur vie la séquelle de cette malnutrition lors de leurs enfances.

Le changement climatique accentue les maux

Tous les acteurs dans la lutte contre la malnutrition s’accordent à dire que le changement climatique est une des plus grandes cause à ce fléau. « Madagascar vit les effets des changements climatiques de manière récurrente, à travers la sécheresse dans le Sud du pays, entraînant des problèmes alimentaires et nutritionnels, tandis que d’autres régions du pays souffrent d’inondations », a déclaré Hery Rajaonarimampianina lors de son allocution à la tribune du FAO. À noter que Madagascar n’est pas le seul concerné par ces catastrophes. Ainsi, il a appelé le monde entier à respecter et mettre en œuvre chaque point de l’accord du COP21 afin d’assurer la sécurité alimentaire sur toute la planète.

D’après le général Mamy Razakanaivo, secrétaire exécutif de la Cellule de Prévention et Gestion des Urgences, le calendrier cultural malgache s’est décalé de trente jours environ. « Du coup, les agriculteurs malgaches devraient eux aussi décaler leur calendrier et ne plus s’accrocher au calendrier classique ne répondant plus à la réalité actuelle », propose-t-il. Les paysans malgaches suivent encore le calendrier classique qui ne s’adapte plus à la réalité. On ne doit pas s’étonner s’ils peinent à produire de quoi manger jusqu’à la prochaine récolte.

Politique gouvernementale et changement de comportement

À Madagascar, l’exode rural accentue l’insuffisance, et surtout l’insécurité alimentaire. Ce qui signifie qu’on compte moins de mains d’œuvre pour travailler la terre et plus de bouches à nourrir. Les paysans quittent la campagne et leurs terres cultivables pour presque mendier dans les villes, notamment la capitale. Beaucoup espèrent trouver à Antananarivo l’Eldorado. Mais à part cela, les spécialistes évoquent aussi les problèmes identitaires, l’effritement des valeurs culturelles de paix et de solidarité dont souffre le monde rural. « Trouvons et mobilisons les moyens pour investir dans la sécurité alimentaire et le développement rural. Les potentiels dans les pays en développement, comme à Madagascar, sont nombreux », souligne Hery Rajaonarimampianina lors de son allocution au FAO.

FAO

(Photo : Présidence de la République de Madagascar)

Le Pape François à appelé les chefs d’Etats et chaque homme et femme politique de montrer une volonté d’apaisement. « Si le peuple ne se sent pas en sécurité, s’il n’a pas la paix en lui à cause de l’instabilité politique et surtout de la guerre, il ne sera pas productif. Et de fil en aiguille, il se retrouvera dans la malnutrition », a-t-il annoncé haut et fort.

Certes, Madagascar pourrait ne pas encore être concerné, mais il faut savoir qu’à part la guerre et les conflits, la malnutrition est aussi une des grandes raisons qui emmènent les gens à immigrer. « Beaucoup se plaignent aujourd’hui de la crise migratoire. Un de moyen de régler ce problème serait de lutter ensemble aussi contre l’insuffisance alimentaire dans ces pays », a encore déclaré le Pape François.



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