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Epidémie de peste : Le monstre du passé ressurgit à Madagascar

Par le 9 octobre 2017 à 10:30 - mis à jour le 20 février 2018 à 16:29

Introduite par voie maritime à Madagascar, il y a un peu plus de 150 ans par les bateaux maritimes venant des côtes asiatiques, la peste est depuis présente dans la Grande île. Ces dernières semaines, cette épidémie frappe de nouveau – notamment la capitale – et crée une certaine panique générale chez la population. Peste alors !

« Tout s’est passé si vite. Elle avait simplement une forte fièvre, toussait et il y avait un peu de sang dans son crachat. Nous lui avons fait boire de la tisane et donné des médicaments que nous pensions être appropriés, sans effet. Nous l’avons emmené à l’hôpital, mais elle est morte, moins d’une demi-journée là-bas. C’était pourtant une jeune femme très robuste », sanglote au téléphone la mère d’une jeune femme emportée la semaine dernière par la peste. La mère, en deuil, souligne combien fut son étonnement quand les autorités médicales lui ont annoncé qu’il se pourrait que leur chère disparue ait eu la peste. « Ainsi, elles ne nous ont pas laissés nous occuper du corps pour raison de sécurité. Elles se sont occupées de l’enterrement sans qu’aucun des nôtres y soit assisté », raconte encore cette mère.

Depuis trois semaines, l’épidémie de la peste a emporté 42 personnes dans quelques districts de Madagascar, notamment dans la capitale. Deux ressortissants étrangers, dont le coach de l’équipe de basketball de Seychelles, de passage à Madagascar, ont trouvé la mort à Antananarivo à cause de cette maladie fortement mortelle. Plus de 300 cas avérés ont été aussi notifiés depuis. En d’autres termes, la peste – pulmonaire précisément – frappe de nouveau la Grande-île. Le pays est en état d’alerte. Les responsables au ministère de la Santé Publique appellent à la vigilance de tout un chacun sans pour autant paniquer. Le ministère de l’Education Nationale a ordonné la suspension de tous les cours jusqu’à nouvel ordre. La compagnie aérienne Air Seychelles a suspendu tous ses vols vers Madagascar, de même pour la compagnie maritime MSC.

Pas de recrudescence de cas recensés depuis ces dernières années

Les chiffres font froid dans le dos. Mais il ne faut pas aussi oublier que les statistiques ne montrent pas toujours tout, et parfois même trompeuses. À titre de rappel, Madagascar a connu pire. En 2012, la peste a mis sous terre près de 80 personnes, 44 districts ont été reconnus et répertoriés comme étant foyers de cette épidémie. En 2017, on n’en est pas encore là. Contrairement à ce que l’on peut lire dans la presse et les réseaux sociaux, il n’y a pas de recrudescence de cas de peste dans la Grande-île, selon l’Institut Pasteur de Madagascar. Il y a toujours eu (beaucoup) de peste à Madagascar, mais on ne peut pas dire qu’il ait plus de cas de cas notifiés cette année que les cinq dernières saisons. 

Au contraire, les chiffres ne cessent de baisser chaque « saison ». Il faut savoir que Madagascar est depuis 2010 un des pays modèles en matière de lutte contre la peste. « Nous, Malgaches, avons développé une méthode de lutte assez pointue que les autres pays envient », avait expliqué l’Institut Pasteur en 2015. Selon toujours cet organisme international, Madagascar utilise des méthodes de diagnostic rapide et simple, que même un simple infirmier saurait utiliser. Des techniciens de cet organisme étaient allés au Pérou pour donner des formations sur la lutte contre la peste.

À noter que, d’après un rapport de 2012 de l’Organisation Mondiale de la Santé, Madagascar serait le pays le plus touché au monde par la peste. Juste devant la République démocratique du Congo qui a longtemps tenu ce triste record. Si cette pandémie crée autant de polémique et de panique, c’est parce que la capitale est principalement touchée.

Ignorance, us et coutumes

Ce qui fait que l’épidémie de la peste se propage encore malgré les nouvelles techniques déployées par les organismes et autorités de la santé publique, c’est en une partie à cause de la culture locale. Dernièrement, des personnes ont volé des corps pestiférés enterrés dans la fosse commune du cimetière d’Anjanahary pour ensuite les inhumer clandestinement dans le caveau familial à Vangaindrano. Un cas de vol similaire a été notifié la semaine dernière à Toamasina. En effet, dans la culture malgache, être enterré loin de son fasan-drazana (caveau familial) est le pire des malédictions qui soit. C’est comme si toute sa famille et tous ses parents perdent leur repère. Des grognes s’entendent alors quand les autorités sanitaires confisquent les corps pour des raisons de sécurité.

À cause d’un manque de communication et de sensibilisation, la peste est encore méconnue dans la brousse. Dans certaines parties de l’île, on la connaît sous le nom de « tsaramasokely » (petit haricot). Les bubons sous les aisselles ressemblent à des grains de haricots. Pour enlever ces inflammations, les gens brûlent des tuiles jusqu’à ce qu’elles tournent au rouge, et les font effleurer les bubons. À cause de la forte chaleur des tuiles, les bubons disparaissent, mais la maladie est toujours dans l’organisme. Les patients succombent quelques jours après. Les familles, en deuil, se disent juste que c’est la volonté du Créateur, ou encore qu’on a jetée du mauvais sort au sien.

L’insalubrité de la ville en est une des grandes causes

A part tout cela, l’insalubrité figure dans la tête de liste des faits qui font que la lutte contre la peste n’ait jamais abouti. Certes, cette maladie existe toujours jusqu’à maintenant même aux Etats-Unis, mais la capitale malgache, avec ces ordures ménagères de 2000 tonnes d’ordures par jour, entassées à chaque coin de la rue, n’est pas prête d’éradiquer cette maladie. En effet, ces ordures sont les repères des rats, et les rats ont des puces, porteurs de la peste. À Antananarivo, les rats vivent pratiquement avec les humains.

C’est pour cela que, depuis que le Gouvernement s’est exprimé de manière solennelle et a décrété l’Etat d’alerte, nombreuses associations et aussi des partis politiques sont descendus dans les quartiers pour sensibiliser les riverains et aussi pour asperger des pesticides. Il y a même ceux qui sont allés jusqu’à asperger de produits chimiques les entassements d’ordures dans la capitale. Une action qui a suscité de la moquerie comme quoi, au lieu d’aller enlever ce détritus, ils préfèrent faire un excès de zèle et effectuer un geste dépourvu de bon sens.

Peste noire

La peste a été introduite à Madagascar dans les débuts du XIX. Ce sont les marins, commerçants venant de l’Asie qui l’ont emmené dans la Grande-île. Les rats dans leurs navires sont descendus sur terre ferme et ont répandu leurs puces porteurs de la bactérie Yersinia pestis. Mais ces marins, eux-mêmes, ont déjà la peste pulmonaire. Leurs corps ont été enterrés un peu partout, ce qui n’a pas empêché la prolifération de la maladie.

La Grande-île a alors connu depuis plusieurs saisons pesteuses avec « d’innombrable nombre de morts ». On pointait du doigt les mpamosavy (sorciers), les Malgaches d’antan croyaient que cette épidémie était leur œuvre. Ce qui a emmené la Reine Ranavalona III à mentionner spécialement dans sa Constitution, le fameux « Code de 305 articles » que « la sorcellerie qui tue chaque année d’innombrable de mes sujets est interdite dans tout le territoire du royaume et est passible d’emprisonnement à vie ».

Depuis, la peste frappe très fort chaque saison. Nombreux œuvres littéraires datant de l’époque coloniale le racontent. Andry Andraina, dans son célèbre best-seller « Mitaraina ny tany », consacre une partie dans laquelle il raconte le dégât de la peste dans toute l’île, et spécialement dans l’Alaotra.



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