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Agriculture : Madagascar, un géant aux pieds d’argile

Par le 13 novembre 2017 à 07:40 - mis à jour le 20 février 2018 à 14:51

Avec ses 40 millions d’hectares de terre arable et sa population à 80% paysanne, Madagascar devrait être un géant mondial de l’agriculture. Pourtant, le pays ne profite pas encore de ce titre puisque ces atouts ne sont pas utilisés à bon escient.

« L’agriculture malgache n’a cessé de régresser ces quatre dernières années », avait clairement déclaré Hery Rajaonarimampianina, Président de la République de Madagascar, lors de la cérémonie d’ouverture de la Foire Internationale de l’Agriculture (FIA), à Tanjombato en septembre dernier. Pourtant, le secteur représente environ 30% du Produit national brut du pays. En janvier dernier, le ministère du Commerce et de la Consommation a annoncé une baisse de 80% sur la production rizicole malgache (seuls 20% ont pu être récoltées).

Il en est de même pour la filière litchi depuis 2014. À l’issue d’une récente prospection, le Centre technique horticole de Toamasina (CTHT) annonce que les chiffres risquent encore de tomber cette saison 2017-2018. Et ce ne sont que des exemples. À noter qu’il ne s’agit pas simplement de quantité, mais aussi de la qualité des récoltes.

Dans l’élevage, cette régression est également aperçue. Jadis, les zébus malgaches pouvaient peser dans les 650 kilos chacun. De nos jours, c’est à peine s’ils font 300 kilos. Pareille, la filière aquacole n’échappe pas non plus à ce recul.

Lors d’un entretien privé à son bureau à Anosy, Edmond Harison Randriarimanana, ministre auprès de la Présidence chargé de l’Agriculture et de l’Élevage, remet les choses au clair. « Il ne s’agit pas vraiment de ces quatre dernières années, mais de toute l’histoire de Madagascar depuis son indépendance », déclare-t-il. Et, en tant que premier responsable du secteur agricole au sein du Gouvernement, ce dernier précise qu’il ne s’agit pas non plus de régression, mais plutôt d’un très faible taux de croissance. « Ce taux est à 2,5%, inférieur à celui de la croissance démographique qui est actuellement à 2,8% », souligne-t-il. Les bouches à nourrir se multiplient considérablement plus vite que la production agricole.

Le changement climatique comme principale cause

La faible pluviométrie explique cette baisse de productivité dans l’agriculture. Depuis un peu plus d’une décennie, la pluie devient chaque année de plus en plus insuffisante. Lors de la dernière saison des pluies, rien que dans la capitale et ses alentours, quelques centaines d’hectares de rizière étaient asséchées. Certes, l’État mène des opérations pour provoquer des pluies, mais cela n’est pas assez pour combattre la sécheresse. Et encore, ces pluies artificielles ont été provoquées à la demande de la société d’État de distribution d’électricité et d’Eau Jirama. À savoir que l’insuffisance de précipitation entraîne aussi des délestages fréquents.

En dix ans, les saisons ont décalé de trois mois. Les agriculteurs décalent aussi, petit à petit, leur calendrier cultural. Sauf que les semences qu’ils utilisent ne sont pas adaptées à ce changement. C’est entre autres le cas du riz blanc makalioka, qui fait la renommée de la région d’Alaotra, mais qui est très sensible au changement de température et de l’humidité. « Nous cherchons à améliorer les semences et les varier afin qu’elles soient plus robustes et puissent subir les dérèglements des saisons », annonce le ministre. Le ministère envoie de temps à autre des techniciens malgaches à l’étranger pour des formations sur la culture hybride.

A part cela, la vulgarisation des différentes techniques agro-écologique, notamment celles qui contribuent à garder l’humidité du sol, est un moyen pour ne pas subir les dégâts du changement climatique.

Manque de vrai professionnel de l’agriculture

Certes, la population malgache est composée à 80% de paysans. Le seul hic, c’est que rares sont les vrais professionnels dans le secteur. Selon le Ministre, plus des 90% de ces paysans pratiquent ce qu’on appelle « agriculture familiale », étant donné leur situation déplorable. Ils cultivent de manière sporadique et dispersée juste pour leur propre survie. « Mais ils n’arrivent même pas à boucler l’année avec ce qu’ils produisent eux-mêmes », regrette le ministre lors d’un entretien privé à son bureau.

S’ils étaient professionnels en agriculture, il aurait été plus facile de les regrouper au sein d’une chambre de professionnels des agriculteurs, comme les industriels avec leur Chambre de commerce et de l’industrie. « Certes, il y a la Tranoben’ny Tantsaha, mais elle n’a pas le poids et l’influence que la chambre des industriels et commerçants possède. Elle semble être un simple collectif d’associations paysannes », annonce le ministre. En effet, le rôle des chambres est de soutenir les membres et se battre pour le développement du secteur tout entier.

machinisation agricole

La machinisation agricole pourrait permettre à Madagascar d’effectuer le grand bond tant souhaité (© Mamy Randrianasolo / lactualite.mg)

Agriculture traditionnelle

Il est aussi reproché aux agriculteurs malgaches d’être trop archaïques dans leurs techniques de culture et d’élevage. Sauf que ces techniques ancestrales ne permettent pas d’augmenter la productivité. Ce qui dit qu’intensifier les formations professionnelles sont plus que nécessaires.

Certes, il y a Formaprod, un programme d’État sous-tutelle du Ministère qui s’étale sur dix ans (2013-2023) et qui bénéficie d’un financement de 86 millions de dollars. Il vise à former 100 000 jeunes pour les installer par la suite dans le monde professionnel agricole et rural, 30 000 producteurs renforcés en capacités techniques et 20 000 producteurs en activité dans les pôles subventionnés à travers leurs propres microprojets.

Il existe aussi à travers le pays d’autres centres de formation professionnelle, nés des initiatives privées ou financés par des organismes étatiques ou des organisations internationales. Mais force est de constater qu’ils ne suffisent pas encore pour faire de l’agriculture un vrai levier du développement à Madagascar.

L’insécurité influe sur le développement du secteur agricole

L’insécurité grandissante menace aussi le grand bond de l’agriculture. Par crainte de vol, les paysans préfèrent cueillir prématurément le litchi et la vanille et moissonner précocement le riz. Ce qui explique la baisse constante de la productivité et la flagrante régression de la qualité de nos produits. Ce qui se répercute par la suite à l’exportation. La qualité ne répond plus aux normes exigées par le marché extérieur.

Pour ce qui en est de l’élevage, notamment dans le Sud, les zébus malgaches ne pèsent plus que 350 kilos contre 650 kilos jadis. En effet, les dahalo (voleurs de zébus) sont rois dans cette partie de Madagascar. Pour qu’ils aient de la difficulté à prendre en un seul coup toute la propriété bovine, les paysans préfèrent laisser leur bovidé errer dans la prairie et la savane. « Ce qui n’est pas bon pour la productivité parce qu’ils ne peuvent pas suivre de près l’alimentation et la santé de ces animaux », explique le Ministre.

elevage bovin et insecurité madagascar

L’élevage bovin souffre énormément de l’insécurité. (© Mamy Randrianasolo / lactualite.mg)

Conscient des effets néfastes de l’insécurité, le Gouvernement a inséré un volet particulier sur ce secteur de l’agriculture dans le Plan national de la Réforme du Secteur de la Sécurité, document présenté au mois de septembre dernier. L’ouverture de la Bataillon interarmes à Ihosy au mois d’octobre figure aussi dans cette lutte contre l’insécurité.

« Des terrains domaniaux à distribuer »

Avec des lopins de terre, les agriculteurs malgaches ne peuvent pas entreprendre grand-chose. Il est impossible d’y introduire des machines agricoles. « Avec le Président de la République et les autres ministères concernés, nous avons discuté de l’octroi des terrains domaniaux aux agriculteurs. Nous allons commencer par les propriétés foncières de notre ministère », dévoile le Ministre Edmond Harison Randriarimanana. Pour les partiels déjà occupés, les occupants ne seront pas expulsés. Leurs dossiers seront juste régularisés, sous condition qu’ils augmentent leur productivité de manière plus intelligente et professionnelle.

Par voie d’appels à manifestation d’intérêt, les terrains encore vides seront attribués aux intéressés. Selon la Lettre de politique foncière en 2015, il y aura une zone dédiée au développement des collectivités territoriales décentralisées et des petits paysannats et de l’autre côté une zone dédiée à l’investissement.

L’agrobusiness et l’agro-industrie à développer

Comme 80% de la population malgache sont agriculteurs, il serait plus qu’important de les soutenir et leur donner un grand coup de pouce pour le développement de tout le pays. Cela doit commencer par le soutien aux paysans pratiquant l’agriculture familiale afin qu’ils puissent produire davantage et devenir autosuffisants en alimentation. « Ils pourraient ainsi proposer leurs récoltes sur le marché », ajoute le ministre.

Mais encore plus primordial, c’est la vulgarisation de l’agrobusiness, l’agriculture contractuelle plus précisément. Les investisseurs aident les paysans dans leurs cultures et élevages en leur fournissant au préalable en agrofournitures, semences et petits matériels nécessaires à la production. Puis, ils s’engagent à acheter la récolte. C’est le cas entre autres de la société Malto (filiale du groupe Star) avec les producteurs de blé dans le Vakinankaratra, ou de la société agroalimentaire Lecofruit et les cultivateurs d’haricot et autres produits alimentaires. « Nous veillerons à ce que les paysans ne deviennent pas l’employé et ne soient pas exploités par ces sociétés. Nous voulons qu’il y ait vraiment de partenariat entre eux », promet le ministre Edmond Harison Randriarimanana.

paysans malgache

Les investisseurs sont appelés à établir des contrats avec les paysans. (© Mamy Randrianasolo / lactualite.mg)

Certes, le secteur peine à prendre son envol. Mais il y a quand même une volonté de l’État de lui donner les outils nécessaires pour son développement. La facilitation de l’investissement et l’amélioration du climat des affaires sont assez palpables. Récemment, un département agrobusiness a été créé au sein de l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM). La loi sur le Partenariat Public-Privé (PPP) a été validée l’année dernière. Prochainement, un projet de loi sur le développement industriel à Madagascar sera déposé à l’Assemblée Nationale



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