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Madagascar : L’électrification à mettre en lumière

Par le 23 octobre 2017 à 08:03 - mis à jour le 20 février 2018 à 14:48

Selon les statistiques officielles en termes d’électrification, Madagascar présente un taux de pénétration de 15% dans les milieux urbains et de 6% dans les zones rurales. Avec des chiffres pareils, la Grande-Île figure parmi les pays les moins électrifiés dans le monde.

Noir, c’est noir

Délestage, coupures fréquentes de l’électricité, tension insuffisante. Malgré les promesses des dirigeants comme quoi le peuple n’a plus à subir le délestage en 2017, force est de constater que cette année ressemble encore à la dernière, et comme les derniers lustres d’ailleurs. Dans nombreux districts de l’île, les coupures fréquentes de l’électricité est encore d’actualité. Dans certaines localités, elles peuvent durer jusqu’à plus de six heures par jour. Récemment, la ville de Morondava, de Mandritsara et puis Marolambo ont connu chacune trois jours sans électricité. Quant aux grandes villes, dont la capitale, jours et nuits sont ponctués par des microcoupures qui ne durent pas, mais qui perturbent les utilisateurs et surtout les travailleurs dont les métiers dépendent de l’électricité.

« Le délestage est une obligation »

Délestage à Madagascar

Le délestage à Madagascar : Un problème récurrent

La Jirama explique que malgré les efforts réalisés, le délestage est – des fois – incontournable. « Quand la puissance appelée par les Abonnés est supérieure à celle disponible, on doit procéder au délestage », lit-on sur le site officiel de la société. Dans une rencontre avec la presse, au début de cette année, les dirigeants de la Jirama annonçaient que la société effectue déjà de la surproduction. À titre d’exemple, le Réseau interconnecté d’Antananarivo (RIA) est actuellement à 246 mégawatts. Donc, une quarantaine de mégawatts au-dessus du normal. « Nous cherchons tous les moyens possibles pour résoudre les problèmes de déficit énergétique », annonce la Jirama. D’où la construction de plusieurs sites de production à travers l’île, comme celui à Ambohimanambola qui aura une capacité de 48MW. Sauf qu’on n’a jusqu’à maintenant aucune nouvelle de ce central prévu, être fonctionnel au mois de juin.

Mais malgré cette surproduction, les coupures restent fréquentes. La Jirama explique alors que le défaut ou l’entretien sur les lignes de Transports (Andekaleka, Antelomita, Mandraka, Antsirabe) en sont aussi des raisons. « Dans la saison de l’étiage, l’insuffisance d’eau entraîne la baisse de production au niveau de la centrale hydroélectrique », ajoute la Jirama. Dans une récente rencontre avec la presse, les responsables de cette société de distribution de l’électricité ont déclaré que l’approvisionnement en carburant reste un problème irrésolu pour la société. Celui-ci représente 80% des charges d’exploitation de la Jirama.

Le solaire serait-il l’avenir de Madagascar ?

Depuis peu, avec la vulgarisation de tout ce qui est énergie verte et renouvelable, le solaire connaît un vif succès à Madagascar (à noter que la Grande-Île enregistre annuellement plus de 2800 heures d’ensoleillement). D’où le boum des sociétés (de toutes les tailles) importatrices et de distribution de matériels et kits destinés pour les installations solaires. Même les grandes compagnies pétrolières, à l’instar de Jovenna et de Total, commencent depuis peu à utiliser l’énergie solaire pour alimenter leurs stations. Pas plus tard qu’au mois de septembre, Hery Rajaonarimampianina, le Président de la République a inauguré une centrale solaire photovoltaïque de la société GreenYellow au Jumbo Score Ankorondrano.

L'energie solaire à Madagascar

Le ministre de l’Eau, de l’Énergie et des Hydrocarbures, Lantoniaina Rasoloelison, a fait savoir, lors de cette cérémonie, la volonté de l’État d’accorder des exonérations sur les droits de douane concernant les matériels pour les projets de ce genre. Cette annonce a pour objectif d’inciter le secteur privé à investir davantage dans l’énergie renouvelable et à rendre effective la transition énergétique à Madagascar. A Ambatolampy, une autre centrale similaire, d’une capacité de 20 mégawatts, devrait être opérationnelle d’ici la fin de l’année.

Les Malgaches adoptent plus facilement l’énergie verte

A Madagascar, l’énergie solaire n’intéresse pas seulement les entreprises. De plus en plus de ménages – en villes, en zones périurbaines et en brousse – l’utilisent. Selon les acteurs travaillant dans ce domaine, les ménages ont surtout besoin de l’électricité pour recharger leurs téléphones portables et pour l’éclairage, accessoirement pour la télévision et très rarement pour la conservation des nourritures. Généralement, ils n’ont pas besoin de grande puissance, quelques kilowatts leur suffisent.

Les spécialistes de l’énergie renouvelable trouvent qu’il est plus facile de lancer le solaire, l’éolienne et toutes les énergies propres à Madagascar. Dans les pays où les gens sont habitués à l’électricité du réseau, passer au solaire et gérer sa propre énergie pourraient être plus laborieux. Ca demanderait une grande conviction de la part de tout un chacun. « A Madagascar, il suffit juste d’un calcul commercial. On n’a qu’à présenter le panel de choix pour électrifier les ménages et le tour est joué », lance Armel Segretain, premier responsable de la société Arafa (Angovo, Rano sy Fandrosoana).

« On ne peut pas parler de transition énergétique, dans le cas de Madagascar »

Pour Armel Segretain, premier responsable de la société Arafa (Angovo, Rano sy Fandrosoana), on ne peut pas parler de transition énergétique à Madagascar, mais plutôt d’une simple électrification. « En Europe et dans les pays développés, ils utilisaient les énergies fossiles et adoptent depuis peu les renouvelables. A Madagascar, nous commençons tout juste d’électrifier le pays », explique-t-il. Avec un taux de pénétration de 15% pour les zones urbaines et inférieur à 6% dans les milieux ruraux, et une consommation de seulement 220 mégawatts en journée pour la capitale, on ne peut pas dire que la Grande-Île est une consommatrice d’électricité.

Là où on peut parler de transition énergétique à Madagascar, c’est au niveau du thermique. Auparavant, les Malgaches utilisaient du charbon de bois ou de l’houille pour la cuisson. Aujourd’hui, ils commencent à utiliser le biogaz, qui consiste à récupérer la bouse des bovidés pour ensuite la transformer en combustible.

La Grande-Île saute une étape

Ce fondateur d’Arafa félicite quand même Madagascar d’avoir brûlé une étape où les géants de notre planète ont stagné pendant des siècles. En effet, au détriment de l’environnement, les pays développés ont longtemps gaspillé les ressources fossiles pour avoir de l’énergie. Ce qui n’est pas le cas de la Grande-ile qui va tout de suite adopter les énergies vertes. « Madagascar gagne du temps », se réjouit-il avant d’ajouter que nous donnons aussi un grand coup de pouce à l’économie ménagère et nationale.

En retard en termes de normalisation

Là où Madagascar est en retard, c’est sur le plan de la normalisation. La norme actuellement en vigueur, portant sur la sécurité en termes d’électricité à Madagascar, date de 1965. Les spécialistes estiment qu’elle est caduque et n’est plus adaptée à l’actualité. Et en plus de cela, elle a été calquée sur la norme française NFC de cette décennie-là. « Madagascar veut augmenter son taux d’électrification. Nous démocratisons les différentes sources d’énergie électrique. Il serait souhaitable que – en guise de mesure d’accompagnement – nous renouvelons notre norme relative à l’électricité », clame Hery Andriamahatony, fondateur-gérant d’Assel Mada, société spécialisée  dans la sécurité électrique, sise à Ivato.



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