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Fête des morts : Une vieille tradition ancestrale malgache

famadihana
(© Mamy Randrianasolo / lactualite.mg)
Par le 1 novembre 2017 à 11:25 - mis à jour le 9 novembre 2017 à 08:59

Depuis un certain temps, la fête d’Halloween crée une effervescence à Madagascar, dans les grandes villes précisément. Sauf que le culte des morts et la célébration de ceux qui ont quitté cette vie ne sont pas une nouveauté dans la culture ancestrale malgache.

Les voisins de la pièce d’à côté

« Ny Malagasy tsy maty fa lasan-ko razana » (les Malgaches ne meurent pas, ils se muent en ancêtres). Depuis toujours, les Ntaolo (Malgaches d’antan) croyaient qu’après cette vie, une autre attend les humains. On est juste passé dans la pièce d’à côté, comme disent les Français. La mort n’est, selon eux, qu’un passage obligatoire pour accéder à ce niveau plus proche de Zanahary (le Créateur). Ceux qui ont quitté leurs enveloppes physiques ne sont donc pas partis pour de bon. Ils sont toujours parmi les vivants, mais sous une autre forme. Et ils influent encore sur le cours de la vie des humains, et surtout de leurs descendants. D’où les différentes sortes de cultes des morts et des rites funéraires.

Certes, la mort signifie pour les Malgaches une élévation et une mutation en un être spirituel et éternel, mais ce n’est pas pour autant qu’ils n’en auront plus peur. Les Ntaolo, comme tout être humain d’ailleurs, tenaient à la vie. C’est justement l’essence de ces rites funéraires, dans le but de garder contact avec l’au-delà, afin que les uns ne manquent pas trop aux autres. « Pour que les morts ne viennent pas chercher les leurs encore vivants », explique Albert Rabearifeno, enseignant de philosophie et auteur de deux livres sur le spiritisme malgache. Durant le famadihana (retournement des morts) dans les hautes terres centrales ou dans d’autres évènements funéraires dans les régions, on prépare et se partage du festin avec les invités et aussi et surtout avec les morts, on adresse à ces derniers des plaisanteries. Comme ça, tout chagrin se dissipe et puis, chacun reste à sa place.

Même pas peur !

À Madagascar, les cultes funéraires changent en fonction des ethnies et des régions. Les rites changent, mais leur point commun reste la célébration de la mort et le raffermissement du lien qui unit les vivants de ceux qui sont partis dans l’au-delà. Généralement, les Malgaches ne craignent pas les revenants. Ils avaient plusieurs appellations pour les qualifier, en fonction de leurs manifestations. Les lolo ou ambiroa sont les fantômes qui apparaissent juste sans créer d’émotion ni de réaction particulière aux vivants. Il arrive aussi qu’on ne les voie pas, mais les entende. Selon la croyance ancestrale, ils sont des âmes qui devaient aller vers le Créateur, mais qui auraient raté l’embarcation et doivent ainsi attendre la prochaine vague. Mais les Ntaolo estimaient aussi qu’ils sont restés sur terre parce qu’ils auraient encore des missions à accomplir. Ils seraient morts avant qu’ils n’aient terminé leurs missions ou les choses qu’ils auraient aimé effectuer de leur vivant.

Les angatra ou matotoa sont, quant à eux, des formes spectrales qui terrorisent et effrayent les vivants. Généralement, ce sont les âmes qui ne pourront pas accéder à Ambondrombe, lieu de repos des braves âmes malgaches. Mais la plupart d’entre eux sont des personnes décédées avec un grand poids sur le cœur ou avec une envie de vengeance.

Ambondrombe, le Valhalla malgache

Situé dans le district d’Ambalavao-Tsienimparihy, dans l’ancienne province de Fianarantsoa, Ambondombe est une montagne couverte de forêt et de brume toute l’année. Selon la croyance malgache, c’est là que repose l’âme des braves gens après la mort de leur corps physique. Une croyance similaire à celle des Grecs avec leur mont de l’Olympe ou celle des Vikings avec leur Vallahala. « Personne n’a encore raconté à nos ancêtres ces mythologies étrangères. Pourtant, ils savaient que c’est là que Zanahary, le Créateur lui-même accueillerait les valeureux Malgaches », déclare Albert Rabearifeno.

Le périmètre, inscrit parmi les patrimoines culturels nationaux par l’Unesco depuis bientôt 30 ans, est inhabité et vide de substance humaine. Pourtant, les habitants des villages aux alentours de la montagne entendent, venant de là-bas, des rires d’enfants, le boucan des femmes pilonnant du riz ou encore des chants de coq. Comme si c’est un village normal, habité par des vivants. « C’est parce qu’ils continuent à effectuer leurs tâches quotidiennes là-bas », explique Albert Rabearifeno, et ajoute que pour y accéder, il faut avoir été brave durant son vivant et surtout, avoir bénéficié d’un rite funéraire selon les règles de l’art. Les malfaiteurs, ceux qui ont mené une vie de débauche, les suicidés n’y seront jamais reçus.

La sorcellerie, un sacré métier

De nos jours, depuis l’entrée du christianisme dans la Grande-île notamment, les gens voient d’un mauvais œil la sorcellerie et les sorciers. Ce qui n’était pas le cas, jadis. En effet, le métier des mpamosavy (sorciers) consistait à tenir les razana (âmes des ancêtres) éveillés afin que la bénédiction divine puisse continuer à parvenir aux humains. Ils jouent le rôle d’intermédiaire entre le Créateur et les humains. À rappeler que, comme les Malgaches ne meurent pas, mais se muent seulement en razana, ils arrivent que ces derniers s’endorment quand il fait noir, notamment pendant la nouvelle lune. « Ainsi, les mpamosavy sortent la nuit pour chanter, danser et faire de boucan sur les tombes afin que les esprits qui s’y trouvent ne trouvent pas sommeil », explique Ma’a et Xhi, le couple d’artistes-philosophes très attaché à la tradition ancestrale malgache. Du coup, ce métier était considéré comme sacré, car il permet à tous les humains de bénéficier de la grâce divine.

« Mais il faut bien signaler que les mpamosavy ne jettent pas de mauvais sort, ne préparent pas de potion magique et ne font même pas de la magie », souligne Xhi. En effet, dans la culture malgache, sorcier n’est pas synonyme d’enchanteur, ni d’envouteur, et encore moins de chaman ni de fakir. Ceux qui usent des ody (grigris) dans le but de nuire sont des mpamorika.



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